Le jour d’après : le message politique de millions de Charlie

ReutersNous avons été choqués, nous avons eu peur et nous avons été en colère. Nous nous sommes levés, nous nous sommes réunis, et peut-être retrouvés.

Nous avons connu la plus atroce des barbaries et nous avons donné naissance à la plus belle des unités.

Nous ne l’avions pas affichée depuis longtemps, trop longtemps. Mais nous savions que nous pouvions le faire, que nous devions le faire, comme une évidence. Nous l’avons fait pour les victimes des attentats et prises d’otages. Nous l’avons fait contre la violence, l’injustice et l’obscurantisme. Nous l’avons fait pour la paix, la tolérance et la liberté.

Mais pas seulement.

Nous l’avons fait pour nous libérer d’un quotidien difficile, d’une actualité sans cesse pesante, d’une tension qui tire chaque jour sur notre société. Nous l’avons fait pour prouver que le désir de vivre ensemble était bien là, contrairement à ce que certains essaient de faire croire. Nous l’avons fait parce que nous croyons malgré tout en l’avenir. Nous l’avons fait pour créer un électrochoc.

Alors nous avons fait de ce dimanche 11 janvier une journée extraordinaire, de celles que l’on retrouvera dans les livres d’histoire.

Spontanément.

Nous n’avons pas défilé avec les politiques. Ce sont eux qui ont défilé avec nous. Et nous étions notre propre bannière.

Nous, Charlie, le peuple français.

Et nous voici le jour d’après.

Nous avons initié un mouvement et nous avons montré la voie à ceux censés nous conduire. Le jour d’après, c’est celui où les politiques prennent le relais et portent notre message.

Ce désir de vivre ensemble doit devenir leur unique programme pour les années à venir. Et ce ne sont pas des lois à la pelle que nous attendons, encore moins des retours en arrière à base de « Patriot Act à la française » comme certains ont déjà eu la bêtise d’avancer, mais une vision du vivre ensemble dans tous ses aspects : sociétal, économique, religieux, culturel.

Il y aura des réponses de fond à donner sur l’éducation, l’immigration, l’intégration, l’autorité, la justice, l’égalité, la ville, la campagne et les banlieues… Des réponses se traduisant par des programmes dans le temps. Ce travail qui n’a pas été fait pendant 30, 40 ou 50 ans doit commencer maintenant et pour les prochaines décennies.

Et à ces programmes, il faudra donner un terreau favorable. Evidemment, celui du chômage et du désœuvrement ne feront pas pousser grand chose, si ce n’est quelques mauvaises graines dont les fanatismes font partie. Alors oui, il faudra investir dans ces programmes et dans les emplois qui les soutiendront. Et vous savez quoi ? Charlie s’en fout que le déficit ne doive pas dépasser les 3% de PIB. Si ses enfants ont un job, la France n’aura pas de mal à rembourser ses dettes.

Si vous, politiques, continuez à gaspiller notre démocratie et à l’abandonner à ceux qui lui veulent du mal, alors nous ne vous le pardonnerons plus. Après vous avoir passé un message aussi clair, ce ne sera plus possible. Votre pouvoir n’étant rien de plus que celui que nous vous prêtons, nous saurons alors le reprendre pour changer les règles du jeu.

En revanche, si vous faites cet effort et que vous travaillez à réaliser ce pour quoi nous nous sommes mis debout ce dimanche, alors vous nous trouverez à vos côtés pour vous aider.

Nous sommes Charlie. Et le jour d’après, plus que jamais.

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La politique ne fonctionne plus ? Changeons les règles du jeu.

Rapide tableau.

Rien n’arrête le chômage, la précarité devient la règle, les inégalités atteignent des niveaux records, les dettes individuelles et publiques s’accumulent, la jeunesse peine à distinguer un avenir, les retraites s’amenuisent pour les seniors, la société est dans un état de tension préoccupant, le racisme et l’intolérance progressent aussi vite que l’espoir et la confiance s’effondrent…

En temps normal, c’est de la politique que devraient venir des solutions, c’est elle qui devrait offrir des perspectives plus claires.

Mais combien parmi nous croient encore à la politique ? A un nouveau gouvernement ? Combien pour imaginer que la parole et la promesse changeront demain positivement nos vies ? Combien pour se déplacer jusqu’aux urnes, convaincus que l’élu suivant fera mieux ?

Plus beaucoup, et de moins en moins.

Si nous revenons aux choses simples, voici ce qu’elles devraient être : les citoyens élisent des représentants qui proposent une vision de la société à atteindre via un programme d’actions politiques. Pourtant, dans le contexte qu’est le notre, les programmes sont largement oubliés une fois l’élection passée, les visions complètement inexistantes et nous, citoyens, de moins en moins concernés par les élections.

Le décalage est total. Les tromperies répétées, les alternances déceptives, les affaires multipliées, les luttes de pouvoir incessantes ont décrédibilisé toute une génération de représentants politiques emportée aujourd’hui par une crise économique et sociale qu’elle est bien incapable de comprendre et de manœuvrer.

Inutile de chercher la faute d’un côté ou de l’autre, à gauche ou à droite, tous ceux qui ont eu le pouvoir politique ces dernières décennies sont responsables. Ceux-là même qui se renvoient la balle sur les plateaux de télévision, qui prétendent depuis tant d’années « dire la vérité aux Français » oublient pourtant de confesser le mal qu’ils causent à s’intéresser avant tout à leur carrière et à considérer l’élection comme un achèvement plutôt que comme un commencement. Ceux qui n’ont pas encore exercé le pouvoir ont bien compris l’intérêt de faire de cette pseudo-virginité un argument de campagne fort. Ils ne feraient pourtant pas mieux (et même pire quand on sait quelles idéologies sous-tendent les programmes de certains) pour la simple et bonne raison qu’ils évoluent dans le même environnement que les autres, avec les mêmes règles du jeu.

Et ce sont les règles du jeu politique qu’il faut changer si l’on veut redonner à la politique son efficacité et retrouver confiance en elle. Car ce sont elles qui permettent les dérives de comportement dont nous sommes régulièrement témoins et victimes, ce sont elles qui permettent à ceux qui ont triché ou tout simplement échoué de s’accrocher au pouvoir, ce sont elles qui permettent à une promesse trahie ou à une absence de résultats de ne pas être sanctionnées.

La politique n’est pas une activité mauvaise en soi et elle ne devrait en tout cas pas être considérée comme telle, pas plus que ceux qui choisissent de s’y consacrer ne devraient être suspectés de se préoccuper d’autre chose que de créer les conditions d’une vie en société la plus satisfaisante possible pour tous.
C’est là une situation idéale mais nous pouvons nous en approcher à condition d’introduire de nouvelles contraintes dans le fonctionnement de la vie politique.

Certains travaillent depuis longtemps maintenant à ce que pourrait être une 6e République, avec des institutions renouvelées et modernisées. Sans aller forcément jusqu’à viser une nouvelle république (refrain parfois devenu argument politique passe-partout et vide de sens sous l’impulsion de certains opportunistes en mal d’idées nouvelles), essayons d’avancer quelques solutions simples mais concrètes et réalistes pour nous sortir de la spirale négative qui mine la santé de notre société.

Une seule de ces solutions serait à mettre en œuvre avant toute autre pour débloquer la situation : mettre fin au cumul des mandats politiques. Ce sujet a trouvé une conclusion récente avec l’adoption en début d’année des deux lois interdisant le cumul de fonctions exécutives locales, dont celle de maire, avec un mandat de député, de sénateur (à partir de 2017) ou de parlementaire européen (à partir de 2019).

Il s’agit là du cumul de différents mandats géographiques sur une même période mais qu’en est-il du cumul d’un même mandat dans le temps ? Comment peut-on trouver sain qu’un maire ou un député par exemple puissent exercer leur fonctions plusieurs décennies durant ? Parce qu’ils ont gagné le « jeu » des élections à chaque fois ? Alors c’est la règle de ce jeu qu’il faut changer sinon l’élu sans cesse réélu devient forcément baron même s’il a au départ les meilleures intentions, incapable qu’il est de résister aux privilèges et avantages de sa condition. Il aura fait de la politique son métier, l’activité qui le fait vivre (et bien vivre), là où elle aurait dû être une mission ponctuelle au service de la société. Qu’à cette mission soient associées des compensations, bien entendu, car elle est forcément exigeante. Mais nous ne devrions plus permettre que ces mandats engendrent des carrières auxquelles les hommes et femmes politiques s’accrochent pour conserver statut et pouvoir. C’est vrai pour les élus, ça l’est également par ceux qui sont nommés par leurs pairs.

Limitons les responsabilités politiques à deux mandats, qu’ils soient consécutifs ou discontinus. Un maire pourrait exercer ses fonctions pendant 14 ans au total, un député pendant 10 ans, ce qui semble suffisant pour mener à bien sa mission au service de la société, qu’elle soit locale ou nationale.
Et surtout, nous verrions les choses changer : renouvellement régulier du personnel politique et des générations comme jamais nous ne l’avons vu, diminution forte des démarches carriéristes cherchant le pouvoir pour le pouvoir, retour au centre du débat des idées et des solutions plutôt que des querelles d’égos et de chapelles…

Mettons un terme à la carrière politique qui est la principale cause des dérives de nombre de nos responsables. Mettons-y un terme pour assainir la vie politique, restaurer la confiance avec nos représentants, empêcher les comportements déviants, permettre le renouvellement des élites.

Ce n’est pas la solution à tout et d’autres initiatives devront ensuite être entreprises (comme soumettre les politiques à une obligation de résultats, renforcer les mécanismes de démocratie participative, mettre en place une vraie politique de décentralisation, réformer en profondeur les institutions, l’éducation et la fiscalité) mais c’est là le pré-requis indispensable pour recréer les conditions sereines nécessaires aux débats constructifs et pour inscrire les idées et les réformes dans une vision de long terme plutôt que dépendantes des petits arrangements, calculs politiques et sondages d’opinion.

Ceci étant posé, encore faut-il l’imposer. Ici, le plus grand défi réside dans le fait que ceux qui peuvent adopter une telle réforme sont ceux à qui elle s’adresse et qu’elle viendrait contraindre : nos responsables politiques.
Comment imaginer que ceux-ci décident d’eux-mêmes de voter une loi interdisant les carrières dont ils profitent largement ? C’est bien simple, ils ne le feront pas de leur plein gré. Il suffit, pour le comprendre, de se souvenir des récentes lois relatives à la transparence de la vie publique suite à l’affaire Cahuzac, largement vidées de leur sens avant leur adoption par les parlementaires.

Ils ne le feront pas à moins d’y être contraints, à moins que la pression populaire ne les y oblige. En résumé, la balle est dans notre camp.

Ne plus regarder ni écouter les émissions politiques, inonder les politiques d’e-mails et de lettres leur expliquant l’inéluctabilité du changement des règles du jeu, organiser des pétitions et rassemblements, boycott des réunions publiques, abstention électorale… Les moyens de faire pression sont nombreux, ils deviennent efficaces lorsqu’ils sont organisés.

Nous ne devons pas leur laisser le choix car nous ne l’avons pas non plus. Si nous laissons faire, la situation d’aujourd’hui sera pire demain : la classe politique continuera à rendre de moins en moins de comptes, la participation aux élections continuera à s’effriter, les partis des extrêmes arriveront au pouvoir, les décisions politiques tourneront continuellement en rond et les réformes avorteront, les tensions sociales seront exacerbées et nous vivrons de plus en plus mal en individualité comme en communauté.

Cela ne se fera pas tout seul. Pour fonctionner, la démocratie doit aussi s’exprimer. A chacun d’entre nous de la faire entendre.