Grèce : couper la télévision publique, tirer sur le lien démocratique

Existe-t-il pire signal pour une démocratie que celui d’une radio-télévision publique que l’on coupe ?

Depuis hier soir, ce scénario n’a plus rien de fictif en Grèce. Le groupe public ERT, ses trois chaînes et ses radios ont cessé d’émettre après une décision soudaine du gouvernement annoncée seulement quelques heures plus tôt.

Voilà, on a appuyé sur le bouton. Et c’est tout.

ERT allait mal, sa mauvaise gestion était pointée du doigt par les créanciers de la Grèce (UE, BCE, FMI) qui n’a pas fait dans le détail en privant les Grecs de leur audiovisuel public et en supprimant par la même occasion environ 2650 emplois.

Virer d’un coup autant de fonctionnaires, voilà qui va assainir les comptes publics ! Voilà qui va permettre à la Grèce de se relever de la crise en deux temps trois mouvements !

La gouvernance de la Grèce a depuis longtemps sombré dans l’absurdité la plus totale. Le problème c’est qu’éteindre aussi subitement la télévision publique est un acte d’une violence inouïe pour une population dont les nerfs sont à vif depuis si longtemps. Une violence d’Etat qui ne peut que faire perdre à ce dernier le peu de légitimité que le peuple grec veut bien encore lui accorder.

Voilà pourquoi on a assisté instantanément à un rassemblement de plusieurs milliers de Grecs devant les locaux du groupe ERT. Voilà pourquoi on a pu lire immédiatement après l’annonce un flot de réactions criant au déni de démocratie et au coup d’état. Voilà pourquoi le néo-nazi Aube Dorée est le seul parti à soutenir cette décision.

« L’existence de médias de service public et leur indépendance à l’égard du gouvernement sont au coeur des sociétés démocratiques » (ça c’est même l’Union Européenne de radio-télévision qui le dit dans une lettre demandant à la Grèce d’annuler sa décision).

Un pays sans radio ni télévision publique est un pays sans information indépendante.

Hier soir, au moment où ERT s’apprêtait à interrompre sa diffusion, s’accumulaient sur Twitter les messages de félicitations adressés à France 2 pendant la diffusion de son émission d’investigation « Cash Investigation » dont la qualité de l’information a – semble-t-il – suscité un vif enthousiasme. Cette opportunité d’applaudir un programme de service public apparait d’autant plus précieuse en contraste avec la situation grecque, ses écrans noirs et ses ondes silencieuses.

Aujourd’hui, les employés d’ERT occupent leurs propres bureaux et studios pour poursuivre la diffusion de leurs programmes et essayer de faire en sorte que les Grecs ne perdent pas un peu plus leur lien avec la démocratie.

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