2012, l’année où la politique a renoncé

En 2012, on a joué à se faire peur avec une énième fin du monde. Cela nous aura bien occupé au point d’en oublier d’être un peu plus terre-à-terre et de voir qu’autre chose s’est désagrégé en 2012 : le pouvoir de la politique.

Je dis bien le pouvoir de la politique et non le pouvoir politique qui lui se porte bien, merci pour lui. Ceux qui le détiennent savent très bien en user et profiter pleinement de son exercice dans la limite des règles légales et morales fixées, et parfois au-delà.

Non, je parle du pouvoir de la politique, celui qui est capable de grandes choses quand il a la volonté d’organiser la vie en société de ceux qui ont cru en lui. Le pouvoir de la politique dans son sens premier, celui qui ne nous paraît plus si évident aujourd’hui. Car oui, même si ce sentiment s’est progressivement effiloché ces dernières années, il fut un temps où l’on croyait en la capacité des hommes et femmes politiques à provoquer les conditions qui amélioreraient notre cadre de vie, et peut-être même favoriseraient le bonheur de chacun.

Cette idée du désenchantement politique n’est pas nouvelle, loin de là. Elle est depuis longtemps étudiée en sociologie politique… ce n’est pas comme si on ne nous avait pas prévenus. Mais les événements politiques de 2012 ont fini de concrétiser ce désenchantement et ont balayé les espoirs des derniers croyants. Nos « responsables » politiques n’ont jamais été aussi responsables d’une situation qu’en transformant un peuple de passionnés en peuple d’agnostiques amorphes.

Même si certaines personnalités politiques ont précipité cette atrophie citoyenne, la responsabilité n’est pas celle d’individus, elle est collective. Elle est l’oeuvre d’une pratique du pouvoir qui a abîmé toute beauté politique et usé le reste d’envie des Français.

L’année écoulé aura en cela fait plus de mal que toute autre pour deux raisons : d’une part, parce que les pratiques déviantes du pouvoir politique auront été particulièrement nombreuses ; d’autre part, parce que 2012 était précisément censée être une année de changement.

Quelques souvenirs pesants…

Une campagne présidentielle des plus abjectes où le combat des idées n’a jamais eu lieu sauf pour aller draguer les plus extrêmes d’entre elles dans une surenchère toujours plus répugnante, où les débats ont été remplacé par les coups bas, les insultes et autres « stratégies » d’hystérisation des discours.

Une communication politique qui a renoncé à la retenue : parler partout, tout le temps pour ne laisser aucun espace à l’autre même quand on n’a rien à dire. Une situation amplifiée par deux phénomènes : la stricte égalité du temps de parole entre les candidats pendant la campagne présidentielle et l’utilisation débridée des réseaux sociaux par nombre de politiques qui réagissent et sur-réagissent en direct à la moindre information sans prendre aucun recul et en oubliant que ce qui a été écrit le restera jusqu’à la fin de leur carrière politique.

Un discours de changement qui en oublie complètement de mener la moindre conduite de changement. Il est toujours bien tôt pour faire un bilan d’un gouvernement en place depuis le mois de mai et attendre les fruits d’un éventuel changement ne se compte pas en semaines ni même en mois, mais en années. Et je souhaite bien évidemment que ces fruits voient le jour mais en attendant, on ne peut pas prôner le changement (dans le meilleur des cas, l’initier) et ne pas savoir le communiquer.
Essayez donc de donner une nouvelle direction à une entreprise ou une institution sans mener la conduite de changement qui va avec. La communication n’est pas un artifice, elle est un rouage essentiel de toute pédagogie et un mouvement nécessaire à toute transformation. Sans cela on ne croit pas ; si on ne croit pas, on n’adhère pas ; si on n’adhère pas, on bloque.
Il est difficile de permettre le changement quand on donne l’impression de le brader, quand face à lui on fait deux pas en arrière ou quelques gestes brouillons, quand dans la difficulté on n’a pas convaincu qu’on avait tout essayé.

Et j’ose à peine évoquer l’élection du président de l’UMP qui n’a fait qu’enfoncer le clou en parant de ridicule l’ensemble des acteurs impliqués et en soulignant dans toute leur splendeur les logiques carriéristes qui les animent. Ce feuilleton rocambolesque aura fait bien des dégâts parmi les militants dégoutés, les observateurs médusés et beaucoup de citoyens lassés.

Une parole qui a perdu sa vertu en même temps que sa retenue, des comportements carriéristes qui laissent de côté les missions qui devraient être au centre des préoccupations, une action politique qui n’essaye pas tout… voilà ce que la politique en 2012 nous a donné à voir.

On cite souvent la phrase de Lionel Jospin, alors impuissant à empêcher les licenciements dans l’usine Michelin, prononcée en 2000 : « L’Etat ne peut pas tout ». Et par extension, la politique ne pourrait pas tout. Il avait raison mais d’une certaine manière seulement : pas parce que la politique ne peut effectivement pas tout mais parce qu’on a décidé qu’elle ne pouvait pas tout.

C’est cette abdication qu’on nous a présentée en 2012.

C’est cette abdication qui détournera encore davantage les Français des urnes ces prochaines années. Parmi ceux qui se déplaceront encore, certains voteront par automatisme pour les mêmes responsables politiques que d’habitude, sans trop y croire. D’autres feront payer ceux qui ont abdiqué et donneront leur voix à ceux qui n’ont pas encore exercé le pouvoir et savent très bien jouer de cette « virginité ».

Tant que la politique aura renoncé, ce blog restera en sommeil. Commenter des agitations individuelles et des abandons ne m’anime plus.

En écrivant ces quelques lignes me reviennent en tête les mots par lesquels David Pujadas conclut systématiquement son émission politique Des paroles et des actes : « Vive la politique ! ». Je me demande qui cela peut-il encore bien faire vibrer. J’espère que ce cri sonnera un jour à nouveau moins faux.

2 réflexions au sujet de « 2012, l’année où la politique a renoncé »

    • En même temps, en regardant bien il n’est pas super réveillé ces derniers mois 🙂
      De toute façon, je réserve le sommeil uniquement aux sujets politiques. Pour d’autres, il reste de l’envie !

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