Docs de campagne : Moati, Legrand… et les autres.

L’élection présidentielle a donné naissance à un certain nombre de documentaires retraçant les campagnes des différents candidats. Nous avons beaucoup entendu parler de ceux de Serge Moati et Thomas Legrand. Deux autres, plus inattendus, valent également le détour.

Je passerai rapidement du le documentaire de Serge Moati « Elysée 2012 : la vraie campagne » car c’est certainement celui dont la presse a fait le plus écho. Et puis, une campagne présidentielle sans un documentaire de Moati ne serait pas vraiment une campagne. Le vieux loup de mer a accès à tous, partout, c’est sa force et l’histoire qu’il raconte depuis les coulisses donne toujours un éclairage complémentaire à l’histoire médiatique.

L’autre mastodonte documentaire, c’est celui du réalisateur David André et de l’éditorialiste Thomas Legrand, diffusé par Canal + : « Les Stratèges ». Les deux hommes ont filmé et interrogé tout au long de la campagne les principaux candidats, leurs conseillers et leur proche entourage politique pour décrypter leurs stratégies de campagne. La perpective d’une diffusion de leurs paroles après le 6 mai a clairement délié les langues et permis de minimiser la langue de bois.

On retiendra que le fantasme des candidats marionnettes de leur conseillers n’existe pas : François Hollande et Nicolas Sarkozy ont décidé de la direction que devait prendre leur campagne.

Je retiens également ces propos d’Henri Guaino qui en disent beaucoup à la fois sur la stratégie de campagne de Nicolas Sarkozy et sur la manière dont elle a été vécue par une partie de sa majorité : « Si on fait une campagne sur la division des Français, les uns contre les autres […], si on fait la guerre aux pauvres, si on fait la guerre aux musulmans… on perdra. Le candidat qui fera ça perdra. Voilà ma conviction profonde. Parce qu’un Président de la République ça ne peut pas être ça, parce que le rôle d’un gouvernement ou le rôle d’un Président c’est d’unir les Français, pas de les diviser, pas de les appeler à se battre les uns contre les autres. On perdra parce que, au fond, la défaite morale précède toujours la défaite politique ».

Ou encore ces mots de Jean-Pierre Raffarin qui, convaincu que le premer tour se gagne à droite et le second au centre, confie : « J’attends avec impatience le temps de rassemblement, et j’accepte le temps du clivage »… Un temps du rassemblement qui ne viendra jamais.

Les propos sont servis par une très belle réalisation qui nous plonge dans une véritable ambiance de thriller politique. C’est très efficace et passionnant.

S’il y a parmi vous des Belges, vous aurez la chance de pouvoir regarder le documentaire en replay sur le site de la RTBF.

Dans la famille des documentaires, des plus petits budgets n’en sont pas moins intéressants.
A commencer par celui de John-Paul Lepers pour LaTeleLibre.fr. Il s’agit de 30 minutes qui nous racontent la journée du 6 mai, en divers endroits de Paris, auprès des proches des candidats comme au plus près des militants. Là aussi la plongée est passionnante et la prouesse se trouve à la fin, quand John-Paul Lepers réussit à obtenir la toute première interview du Président élu alors qu’il repart de la Bastille.
On y voit beaucoup de choses dans cette scène. D’abord, la disponibilité de François Hollande qui, au milieu de la cohue, repère le journaliste, dit à son entourage « Attends, je vais parler à… » et prend le temps. On y repère aussi sa fatigue, mais une fatigue heureuse, celle d’un boxeur qui est sorti vainqueur de son combat, un peu groggy mais porté. Et qui sait qu’il n’a que cette nuit devant lui avant de s’attaquer à son mandat.

Un très beau moment saisi par La Télé Libre que vous pourrez regarder sur leur site.

Enfin, un dernier documentaire « outsider » qui mérite de s’y attarder : « La Toute Primaire Fois », réalisé par Jérémy Sahel et écrit avec le journaliste Samir Tounsi. Ici, nous sommes dans la campagne de la primaire socialiste mais la force du documentaire c’est qu’en revenant sur cet épisode, il éclaire en même temps le résultat de l’élection présidentielle et même les semaines à venir.
Pourquoi ? Parce que le montage est particulièrement réussi. Parce que des 200h de vidéo, les auteurs en ont ressorti 52mn de politique pure, avec la distance suffisante pour écarter tout ce qui aurait relevé du fait divers et non de la stratégie, de la relation ou de la campagne.
Ainsi, la narration commence après l’affaire DSK sans jamais l’évoquer et se concentre sur les candidats (du moins ceux qui avaient la prétention de pouvoir l’emporter : Hollande, Aubry, Montebourg et Royal) et leur entourage. On suit en fil rouge Stéphane Le Foll, directeur alors de la campagne de François Hollande, accroché à l’oreillette de son téléphone et dont les conversations nous emmènent dans les aspects les plus humains dans la campagne.
Car de relations humaines – et d’opposition – il est également beaucoup question dans cette campagne pour gagner la place de candidat du PS. On revoit les discours critiques d’Arnaud Montebourg à l’égard des favoris Hollande et Aubry, cette même Aubry qui se faisait plus incisive envers François Hollande avant le second tour de la primaire… Des situations qui nous rappellent qu’une unité est toujours fragile et qu’au PS, il sera bien difficile de la préserver pendant cinq ans.

Si vous voulez voir « La Toute Primaire Fois », il vous reste une chance : c’est ce soir à 22h30 sur LCP.

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