Nicolas Sarkozy et le (tout) Petit Journal

Ce vendredi soir, Nicolas Sarkozy était l’invité du Grand Journal. Je ne reviendrai pas sur l’ensemble de l’émission qui concurrence de plus en plus Vivement Dimanche dans la catégorie « brossage dans le sens du poil ». Vous en aurez d’ailleurs une bonne idée en allant lire de ce côté-ci.

En revanche, attardons-nous sur le programme dans le programme : Le Petit Journal, temple de l’impertinence et de la mise ne lumière des défauts de communication de nos représentants politiques. Quelle impatience que d’y voir alors pour la première fois Nicolas Sarkozy en direct et sans filet face aux vannes de Yann Barthès ! D’autant que ce dernier a beaucoup capitalisé ces dernières années sur les éléments de langage, erreurs de communication et autres bourdes du Président et de ses équipes…

« Depuis 5 ans, vous êtes l’homme que l’équipe du Petit Journal a le plus scruté, décortiqué, analysé, observé, décrypté, malaxé, chahuté et un peu vanné, je vous l’avoue », lance l’animateur-journaliste d’entrée… La déception n’en est alors que plus grande quand la confrontation attendue a tourné à la bonne partie de rigolade entre copains.

On y avait pourtant cru au début quand Nicolas Sarkozy a mis un vrai coup de pression d’entrée sur Yann Barthès : « Mais j’voulais savoir de près quelle était la tête de celui qui parle tant de moi et qui rigole tant de moi. Et j’voulais savoir s’il était si décontracté quand j’étais en face de lui ».

Il n’avait pas à s’en faire le Président, il allait passer un vrai bon moment sur le plateau du Petit Journal. Oui, on a vu Nicolas Sarkozy utilisant souvent les mêmes petites phrases au milieu de la foule, Nicolas Sarkozy mangeant au restaurant routier, Nicolas Sarkozy se mettant en scène devant les caméras, Nicolas Sarkozy dans la neige, Nicolas Sarkozy qui tape du poing sur la table pendant ses discours, Nicolas Sarkozy qui aime manger des chouquettes… Bref, rien de plus qu’un petit best-of gentillet des petites manies du Président, par ailleurs mort de rire en plateau.

Une séquence aurait pu être bien plus intéressante, dans laquelle Le Petit Journal parodie l’élection présidentielle en racontant l’histoire de son comité d’entreprise dont le président Patrick Sorkazy fait campagne pour sa réélection face à Patrick Hallonde. Tout y est : les différents temps de sa stratégie de communication, le candidat du peuple, Villepinte et les copains people, les employés déçus par son bilan, LA crise, le Fouquet’s, l’Epad, son augmentation de salaire, la réception de Kadhafi, l’affaire Woerth… Dans la fenêtre incrustée, le sourire de Nicolas Sarkozy était déjà beaucoup plus nerveux.
On pouvait donc s’attendre à un échange un peu plus musclé à la fin de cette parodie. Et bien non. Nicolas Sarkozy n’aura ni besoin de répondre, ni besoin d’esquiver puisque c’est Yann Barthès lui-même qui lui offre la porte de sortie avec option escorte incluse :

« Vous qui êtes un pro des campagnes, qui va devenir président de notre comité d’entreprise ?
– De toute manière, il aura comme prénom « Patrick ».

Et envoyez la pub !

En plus d’avoir bénéficié d’une route dégagée, il faut dire que Nicolas Sarkozy aura fait preuve d’une conduite irréprochable tout au long de ces vingt minutes.
A l’aise, riant volontiers (parfois aux éclats) quand il est sympathiquement mis en boîte, félicitant à plusieurs reprises l’équipe pour ses montages et avec une répartie efficace. L’exemple le plus flagrant, on le trouve au moment où Nicolas Sarkozy est victime d’un véritable gag de fauteuil qui se dérègle et se met à descendre. Il aurait pu être ridicule, et bien non. Il en rit et enchaîne : « J’espère que vous ferez la même chose à François Hollande lundi prochain […] Vous me demandez si [la campagne] est au ras des pâquerettes et à ce moment-là y’a mon fauteuil qui diminue ». Le plus gêné des deux semble finalement être Yann Barthès.

Bref, le Petit Journal montre ses limites pendant cette campagne présidentielle. Programme supposé impertinent, il devient un formidable moment de connivence avec ceux dont il est sensé décrypter la communication politico-médiatique. Il se met littéralement à leur service en mettant en lumière leur sympathie et leur bienveillance, fussent-elles habituellement enfouies. Un résultat à l’opposé des prétentions initiales du Petit Journal qui se tire une balle dans le pied.

La preuve, celui qui résume le mieux l’émission de vendredi soir, c’est encore Nicolas Sarkozy lui-même : « On a rarement été aussi sympathique avec moi ». Tout est dit.

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Photo : @salam93

5 réflexions au sujet de « Nicolas Sarkozy et le (tout) Petit Journal »

  1. Sarkozy aurait fait preuve de plus de courage en s’exposant à « arrêt sur images ».
    Mais je pense qu’il savait où il allait en venant à Canal

  2. N’importe quoi!! Il a été ridiculisé!! Comment on peu dire autant de connerie!! C’est encore le président que je sache et on ne peut pas y aller comme un bourrin!! Barthés , avec finesse l’a ridiculisé…!

    • Tout à fait d’accord avec Benoist.
      C’est le deuxième billet que je lis disant que le Petit Journal s’est écrasé, alors que j’ai eu exactement le sentiment inverse.
      Voir la tête de Sarkozy en médaillon se décomposer au fur et à mesure de l’émission, pour finir avec un sourire crispé au possible pendant les 10 dernières minutes, c’était grandiose !

  3. oui, une connivence minutieusement préparée et orchestrée, bravo les mecs, vive les guignols !

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