Prise d’otages à Pôle Emploi : médias, citoyens et journalisme.

La prise d’otages de ce lundi dans un centre Pôle Emploi du 11e arrondissement de Paris a donné lieu à une situation médiatico-journalistique inédite.

Le preneur d’otages, qui retenait la directrice du centre et un employé, avait en effet choisi de faire connaitre ses revendications en téléphonant à un média de l’Internet – un pure player – Rue 89.

L’homme a expliqué son choix par la confiance qu’il accorde à Rue 89, media sur lequel il comptait pour relayer ses paroles et faire en sorte que la TV et la radio s’en saisissent ensuite.

Paradoxalement, il n’a donc pas cherché à appeler une station de radio ni une chaîne de télé alors qu’il comptait sur une large diffusion de leur part. Symptomatique de l’état de la confiance des citoyens français envers les médias traditionnels ? C’est fort probable. Le preneur d’otages a ici considéré la télévision comme un média de masse, et le journalisme en ligne comme un nécessaire intermédiaire de proximité, capable de s’intéresser à la voix d’un citoyen lambda.

Au-delà du contexte très particulier de cette histoire, il ne faudra pas négliger cette démarche ni ce qu’elle peut suggérer dans l’évolution de nos rapports aux médias.

Un autre point dans cette affaire a retenu l’attention et suscité un début de débat. Au cœur de celui-ci, nous retrouvons Pierre Haski, co-fondateur et directeur de Rue 89 avec lequel le preneur d’otages est resté en ligne pendant de longues minutes. Pierre Haski, également fin utilisateur et connaisseur de Twitter, a décidé de « live-twitter » sa conversation avec le preneur d’otages (c’est à dire d’en rendre compte en direct sur Twitter). Ce qui n’a pas manqué de déclencher certaines réactions de la part d’utilisateurs du réseau se demandant si une telle démarche était bien légitime et nécessaire.


A situation inédite, débat inédit auquel une réponse ne sera pas trouvée si rapidement. D’autant que les situations sont toutes différentes. Néanmoins, dans le cas qui nous intéresse, je ne crois pas que Pierre Haski se soit trompé en décidant de commenter en direct son dialogue avec le preneur d’otages, même s’il a avoué lui-même par la suite qu’une « véritable angoisse ne [l]’a pas lâché pendant toute la prise d’otages, d’avoir pris le risque de devenir un ‘acteur’ involontaire d’un événement potentiellement tragique ».

Le journaliste n’a pas inondé la plateforme de commentaires : seulement 8 tweets sobres se contentant de rendre compte très factuellement de la situation, en y ajoutant une seule fois un commentaire un peu plus subjectif : « Il me semble que de parler avec lui calme le jeu, le rassure ». L’attitude est responsable. Dans une prise d’otages plus « classique », les revendications auraient été connues du grand public via un filtre préalable de la justice. Si la démarche de Pierre Haski (ou plutôt celle du preneur d’otages acceptée par Pierre Haski) a pu faire sauter ce filtre, alors tant mieux. Elle rend la compréhension de la situation plus directe et plus humaine.

Le débat aurait certainement été bien différent si les choses s’étaient mal terminées. Ce n’est heureusement pas le cas, alors ne nous posons pas plus de questions sur une situation exceptionnelle où jamais le directeur de rue89 n’a semblé la gérer autrement qu’avec beaucoup de mesure.

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