Troy Davis exécuté : il s’est passé quelque chose.

Hier soir, en Georgie, Troy Davis a été exécuté.

Exécuté, tué, mis à mort, assassiné… Peu importe le terme, on a retiré la vie à un homme avec la bénédiction de la justice. Une justice qu’on a d’autant plus de mal à considérer comme telle lorsque celui qu’elle condamne a toutes les chances d’être innocent.

Hier soir, la justice américaine a failli. Elle a piétiné tout ce qu’elle signifiait. En plus d’avoir à nouveau organisé une mise à mort, elle a tué Troy Davis, un homme au-dessus duquel le plus gros soupçon qui planait était celui de l’innocence.

La mobilisation, aussi forte soit-elle, n’a rien pu changer. Nous – les associations, les citoyens, les anonymes – avons essayé de faire pression, sans bien savoir parfois sur qui ni sur quoi. Nous avons essayé de peser dans la balance, avec nos moyens souvent ridicules mais avec des moyens quand même, ceux qui nous sont permis par la communication moderne. Nous y avons même cru quand, au dernier moment, la Cour Suprême a retardé l’exécution pour examiner un ultime recours.

Et finalement, nous avons échoué, car la justice avait arrêté son choix il y a 20 ans. La justice est têtue : elle ne revient pas facilement sur une décision, aussi grand soit le doute l’ayant suivie.

Habituellement, après un tel échec, la tension retombe. Et la mobilisation ne reprend que lorsqu’elle aura trouvé un autre malheureux pour incarner son combat contre la peine capitale.

Mais le cas de Troy Davis a déclenché un écho politique et médiatique rarement observé. Il s’est passé quelque chose. C’est une impression diffuse mais, cette fois, je crois que la justice américaine va se souvenir de Troy Davis. Pour la première fois peut-être, elle ne pourra pas ignorer le doute qui s’est installé en elle ni le malaise créé autour de cette exécution.

Cette affaire va renforcer le combat contre les exécutions officielles de tous ces hommes et toutes ces femmes, qu’ils soient innocents ou non des actes qui leur sont reprochés. Car le meurtre n’a rien à voir avec une quelconque idée de justice et la peine capitale n’est que l’institutionnalisation de la vengeance barbare.

« Je suis pour la peine de mort avec sursis », disait Pierre Dac. Après Troy Davis, je crois que la peine de mort est en sursis. Un peu plus.

2 réflexions au sujet de « Troy Davis exécuté : il s’est passé quelque chose. »

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