Erik Izraelewicz et les nouveaux journalistes générés par l’explosion du Web

Dans l’édito du journal Le Monde publié en ligne aujourd’hui (et dans l’édition de ce soir datée du 14 août), le directeur du quotidien, Erik Izraelewicz, revient sur la rumeur qui serait à l’origine du décrochage en Bourse du titre Société Générale.

Il nous raconte le parcours de la rumeur née Outre-Manche dans le Mail On Sunday, dément le rôle joué par la fiction de l’été du Monde aux origines de celles-ci (pour preuve, l’AFP a annulé sa dépêche mettant en cause ce feuilleton) et se félicite de l’ouverture d’une enquête par l’Autorité des Marchés Financiers.

Jusqu’ici, rien d’anormal.

Ce qui l’est davantage, ce sont les lignes suivantes : « Cela étant, le mal était fait : la blogosphère s’est emparée de ces tweets et dépêches, passant sans vergogne du conditionnel à l’indicatif. Vérifier une information avant de la publier, les nouveaux journalistes générés par l’explosion du Web ne s’y sentent peut-être pas tenus. Cela doit rester en revanche, pour les grands médias et leurs sites, une nécessité absolue – et c’est le cas au Monde. »

Bim ! Prends-toi ça journaliste qui officie principalement sur support numérique, et même toi journaliste au monde.fr : tu es journaliste, mais pas tout à fait quand même.

Outre le fait que M. Izraelewicz mélange blogosphère, tweets et dépêches (tout ça c’est pareil), le mépris affiché envers « les nouveaux journalistes générés par l’explosion du Web » (notons la majuscule ironique) est ici cinglant. Et associer le web et le mal est encore une belle preuve d’ouverture et de sens de la mesure.

Pour être tout à fait honnête, à force de relire ces quelques lignes, je me demande si le directeur du Monde ne voulait pas plutôt parler de ceux qui, grâce à l’auto-publication permise par le web, se prennent pour des journalistes alors qu’ils n’en sont pas. J’ai envie de croire que c’est de cela qu’il s’agissait.

Le problème, c’est qu’à force de tout mélanger, on se fait mal comprendre. Dommage, les journalistes web qui sont aussi des journalistes tout court auraient certainement eu besoin de n’avoir qu’une seule lecture de cet édito : celle du soutien d’un des leurs.
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Photo : © AFP

2 réflexions au sujet de « Erik Izraelewicz et les nouveaux journalistes générés par l’explosion du Web »

  1. Le billet est intéressant, mais avec une réserve. Le côté négatif (voire méprisant) vis -à-vis des internautes qui font de l’auto-publication et à ce titre s’autoattribuerait une qualification de journaliste.

    Je ne vois pas en quoi le fait de faire de l’auto-publication, ferait que ces internautes devraient être mis à part, être dégradés (comme les notes des pays) voire leur contenu ne même pas être regardés ou autre.

    En clair, je ne comprends pas en quoi les propos plutôt virulents tenus dans cet éditorial du Monde aurait une légitimité à s’appliquer à l’auto publication, même si cela est le fait de personnes non employées par des entreprises de presse ou pire, pour reprendre les propos du Monde, par de grands médias.

    La liberté d’expression permet à toute personne de s’exprimer.
    La liberté de communication permet à toute personne de recevoir des informations.
    Entre les deux, il reste une chose importante : l’être humain. Et, avec lui la possibilité d’interpréter, d’analyser et de se faire une idée des informations qu’il peut recevoir.

    Que cela vienne d’un blog ou d’un fil twitter, l’information a la même valeur.
    C’est une information.

    Sa pertinence et sa validité est, elle associée, à la personne qui la diffuse et à étroitement liée à la personne qui la reçoit (et à la crédibilité que le destinataire attribue à l’émetteur). Ce n’est pas à un média quelconque de désigner qui sont « aptes » à communiquer des informations valides.

    • Petite précision. A travers ce blog, je fais moi-même de l’auto-publication. Mais je ne me prétends pas journaliste et ce que j’écris n’a donc pas valeur d’information dans le sens où elle n’est pas journalistiquement vérifiée. Tout au plus s’agit-it d’opinion, de réflexion.
      Je ne dénigre donc pas l’auto-publication, mais il faut la prendre comme telle à partir du moment où elle ne passe pas par le prisme d’une rédaction. Ce qui n’empêche pas la rigueur dans l’écrit.

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