Ben Laden est mort à retardement dans la presse écrite

Voilà, Ben Laden est mort dans la presse écrite ce matin. Hier, il ne l’était pas.

Pourtant, partout ailleurs, la chose était claire, dite et redite chez les collègues de la presse en ligne, sur les réseaux sociaux, à la radio, à la télévision.
La « mort de Ben Laden » était acquise depuis 5 heures du matin sur Twitter jusqu’à minuit sur le plateau de Mots Croisés sur France 2. Entre temps, elle avait été commentée et analysée dans les matinales radio et dans les éditions spéciales des journaux télévisés.
Mais dans nos grands quotidiens, on maintenait Ben Laden artificiellement en vie faute de pouvoir appuyer sur un bouton « actualiser », car au petit matin, les journaux sont déjà imprimés.

Ce décalage entre la presse écrite et le reste des médias a lieu souvent, pour ne pas dire quotidiennement. Hier, il était criant, presque gênant. Sauf, en cette occasion, pour Le Monde qui sort le soir.

En sortant dans la rue hier matin, j’avais déjà pris plus d’une heure de « mort » et de « Ben Laden » dans les oreilles via France Inter et Twitter. Alors, en passant devant le kiosque à journaux qui vendait des éditions dépourvues de la moindre allusion à la « breaking news » du matin, j’ai soudain eu l’impression d’être un autre jour, dans une autre réalité. Oui, ce sont deux réalités qui se font face : l’une est présente, l’autre moins.

En évoquant ce décalage hier, certains ont pu objecter que la presse papier était là pour analyser plutôt qu’informer. Là-dessus, je ne suis pas d’accord. J’aimerais bien, mais je ne peux pas. L’argument serait recevable dans un monde idéal, peut-être. Mais en l’occurrence, l’instantanéité de l’information est une demande voire une exigence de la part des consommateurs de médias. Et ce temps réel, la presse écrite ne le permet pas.

Ces deux dimensions que sont le temps réel et l’analyse ne sont pourtant pas incompatibles quand on se situe dans la sphère online. Ainsi, quand @rosselin écrit sur Twitter « Pour informer Internet c’est bien. Pour comprendre un journal, c’est mieux. En théorie en tous cas », je trouve la réponse de @eni_kao tout à fait pertinente : « Pour informer, Twitter c’est bien. Pour comprendre, un media au format plus long (même sur Internet) c’est mieux ;) ».

Telle qu’elle existe, la presse écrite est handicapée et ne pourra satisfaire l’un des deux besoins essentiels de ses lecteurs. De là à en tirer des conclusions sur sa pérennité…

10 réflexions au sujet de « Ben Laden est mort à retardement dans la presse écrite »

  1. Pas d’accord avec ton billet ou alors à considérer que la presse écrite c’est seulement le support papier… Ce qui n’est évidemment plus le cas aujourd’hui puisque la mort de Ben Laden a été abondamment traité sur les sites web des quotidiens hier… Mais je t’accorde que la sensation de décalage sur l’actualité est forte quand une information ne peut être exploité qu’à J+1 !

    D’un autre côté sur Europe 1 ou France Info, ce matin, ils continuaient à causer de ça alors…

    • Quand je parle de presse écrite, je parle de presse imprimée. C’est le sens étymologique de la presse.

      Bien sûr, nos quotidiens ont leur pendant web, plus ou moins bien intégré, ne sachant pas toujours comment faire la synthèse de ce « machin » online avec la version papier.
      Mais les lecteurs du papier ne sont pas forcément les mêmes que les internautes. Et quand bien même, cet exemple de la mort de Ben Laden montre simplement que l’imprimé dans son modèle actuel, ne peut pas satisfaire toutes les exigences du lecteur.

      Après, je suis d’accord avec toi, ce n’est pas parce que les autres médias le peuvent qu’ils le font ou le réussissent… C’est pourquoi il faut être au moins tout autant exigent avec eux.

      • Heureusement, la presse cherche à sortir de son sens « étymologique » pour aller sur d’autres supports plus porteurs…

        Personnellement, je suis (toujours) consommateur de quotidiens même si je dispose de l’information en instantané… Dans le train, le papier est toujours un bon support pour lire et passer le temps… mais je reconnais que ça a aussi un coût important que je peux me permettre. Et si j’avais un appareil mobile et connecté, pas sûr que je continuerai à acheter Libération ou des news magazines par exemple !

    • Je ne peux qu’approuver ta première remarque.

      Pour le reste, je ne suis pas un pourfendeur de la presse écrite, loin de là (j’ai d’ailleurs le même usage dans le train ;)). La question du prix est en effet essentielle mais il est vrai que c’est internet qui nous a habitué à l’information gratuite dès le départ…

  2. C’est toute la question du cycle et de l’obsolescence de l’info en quotidienne papier : une actu qui tombe à 5 heures du matin, après l’arrêt des rotatives, tandis que les camions, les trains et les porteurs acheminent le print dans les points de vente et les foyers, n’existe pas sur l’imprimé.
    Évidemment, ça pose la question du créneau de la presse quotidienne d’actualité : le chaud des faits ou l’analyse et l’investigation ? Les deux ?
    Le chaud est beaucoup mieux donné, par définition, sur le Web, en temps réel. Quant à l’analyse et l’investigation, ça coûte cher au quotidien… La magazine est mieux placée.
    A trop surfer entre ces deux vagues, la quotidienne écrite risque fort de boire le bouillon. Mais ça, on le savait déjà.

    • D’accord avec toi Christophe, il faudra choisir. Et il faudra choisir l’analyse plutôt que le chaud puisqu’ils ne seront jamais compétitifs sur ce dernier objectif. Mais cela suppose en même temps d’accepter une perte du lectorat et donc une transformation du modèle.

  3. C’est très rhétorique, tout ça.
    « dans nos grands quotidiens, on maintenait Ben Laden artificiellement en vie »
    Il n’était pas d’actualité dimanche jusqu’à 23h-minuit, au moment des bouclages, point à la ligne.

    On n’a jamais accusé aucun journal français de ne pas publier la liste des lauréats aux Oscars le lendemain de leur remise, c’est techniquement impossible, et ça n’est pas pour autant « artificiel ».

    En conclusion : « pour de l’actu chaude, les médias live, c’est bien ». Mais c’est aussi enfoncer une porte ouverte, non ?

    • La rhétorique n’était qu’une image, bien sûr que le bouclage est un impératif qui n’attend pas l’actualité du petit matin (j’essaierai d’être moins imagé à l’avenir ;-))
      En revanche, je ne me reconnais pas dans cette conclusion à la fin de ton billet. De plus, les portes ont beau avoir été ouvertes, les problématiques demeurent. cf commentaires précédents.

      • Oui, la conclusion était de moi. Parce que je ne voyais pas trop où tu voulais en venir. Mais si tu voulais avant tout soulever les questions, et ouvrir les portes, alors, mission accomplie !

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