BHL : appelez-moi Monsieur le Ministre

Hier soir, quand Bernard-Henri Lévy est arrivé sur le plateau du 20h de France 2 pour rendre compte de l’intervention militaire en Libye, j’ai ressenti comme un malaise.

Un malaise, c’est une sensation flottante, difficile à cerner et à exprimer. Mais je vais essayer de vous l’expliquer clairement.

Cette interview menée par David Pujadas, j’ai encore dû mal à croire qu’elle ait pu avoir lieu comme ça. Comme si tout était normal. Alors que, quand même, Bernard-Henri Lévy a été interrogé exactement comme s’il était l’actuel Ministre des Affaires Étrangères.

Jugez un peu :

– l’utilisation du pronom « on » : « on a cassé l’appareil militaire de Kadhafi, on a empêché ses pistes d’aéroports de fonctionner, on a détruit ses chars« . BHL s’inclut dans l’intervention militaire.
– la narration de son propre rôle : « Moi j’étais à Benghazi il y a deux semaines », « J’ai eu ce matin au téléphone M. Mammoud Djibril ». Le « je » et le « moi » se mettent en scène sur le terrain libyen.
– l’annonce du déroulement des opérations militaires : « La première phase est probablement en train de se terminer », « deuxième phase de l’opération : […] armer les rebelles »
– l’expression de la finalité unique de l’intervention qui ne saurait être remise en cause : « Kadhafi dégage, c’est la seule négociation possible ».
– et je passe les questions du journaliste qui aurait pu poser les mêmes à Alain Juppé…
[la vidéo de l’interview est ici, 20h du 24 mars, ça commence à 15mn]

D’accord, ce n’est pas la première fois que BHL se déguise en Ministre des Affaires Étrangères (cf. ex-Yougoslavie, 1993). Oui, BHL est un intellectuel qui multiplie les engagements (cause bosniaque en ex-Yougoslavie, défense de l’Iranienne Sakineh, du cinéaste Roman Polanski…). Et non, je ne m’interrogerais pas sur un éventuel comportement opportuniste. Après tout je n’en sais rien, et de toute façon ce n’est pas mon propos ici.

Ce qui m’embête dans tout cela, c’est le rôle des médias, et plus précisément du journalisme. Les temps sont suffisamment difficiles, les situations complexes et la confiance de ceux qui reçoivent l’information érodée pour que l’on ajoute ainsi de la confusion à la confusion. Ne validons pas la légitimité de quelqu’un qui ne l’a pas reçue. Ne faisons pas passer une personnalité pour ce qu’elle n’est pas. Et ce même si BHL a pu avoir un rôle important auprès des insurgés libyens.

D’autant que cela fait deux fois dans la même journée : le matin même, sur le même sujet, Patrick Cohen recevait Bernard Kouchner dans la matinale de France Inter. Le Ministre des Affaires Étrangères qui ne l’est plus depuis le mois de novembre dernier.

Plus d’experts et moins de personnages de substitution, voilà qui pourrait nous économiser bien des bavardages.
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Crédits photo : Damien Meyer AFP

Une réflexion au sujet de « BHL : appelez-moi Monsieur le Ministre »

  1. J’ai ressenti ce malaise moi aussi hier soir, sauf qu’il s’est exprimé autrement.
    Quand j’ai vu « Bernard Henri Lévy – Philosophe » s’afficher et que Pujadas a commencé à parler de la Libye, je me suis levé, j’ai arreté d’écouter et j’ai été faire autre chose.

    (J’aimerai tant que Mickael Vendetta nous donne son avis. Non, je ne les mets pas ai même niveau, j’amplifie le trait.)

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