On n’est pas couché, mais ça va pas tarder

« On n’est pas couché », l’émission du samedi soir de Laurent Ruquier, serait-elle à bout souffle ?

La composition du plateau m’étonne depuis quelques semaines. Des invités au rabais, là où se succédaient auparavant des artistes et personnalités, si ce n’est intéressantes, au moins au cœur de l’actualité.

Un coup d’œil au casting de ce samedi 19 mars : Jean Teulé, Jean-Pierre Hernandez (un ex-gangster), Hubert-Félix Thiéfaine, Marthe Mercadier (les plus jeunes, vous irez voir sur Wikipedia) et Keren Ann (pas de réaction à insérer, seulement des remarques sur sa coupe de cheveux, c’est mauvais signe).

Si vous avez cliqué sur les liens, vous aurez pu lire quelques réactions publiées sur Twitter, hésitant entre le « qui c’est celui-là ? » et le « ah il existe encore ? ». Bien symptomatique du mal dont souffre la programmation de l’émission. Et le plus gênant c’est que cela dure.

On peut d’ailleurs faire la même observation concernant le premier invité de l’émission. Laurent Ruquier a coutume de recevoir en début de programme une personnalité politique de premier plan. Cette semaine, c’est l’ancien gangster qui faisait office d’invité politique (ceci dit, il y a peut-être un message subliminal derrière cela…) ; la semaine dernière, un directeur de l’institut CSA ; le 5 mars… je ne vois pas (ce devait être de Carolis)… Bref, il faut remonter au 5 février pour trouver José Bové et à la semaine précédente pour tomber sur Hervé Morin.

De deux choses l’une : soit la production a décidé de diminuer le dosage politique (hypothèse que je n’ai ni entendue ni lue nulle part), soit il devient difficile de trouver des hommes et des femmes politiques qui acceptent de venir sur le plateau de France 2. Et vu le niveau de l’ensemble des invités, je commence à croire en cette idée.

L’émission succomberait-elle à son propre système ?

Le show du samedi soir tourne largement autour de deux hommes, Eric Zemmour et Eric Naulleau, que l’on taxe habituellement de « provocateurs ». Ce qui est vrai surtout pour le premier avec ses prises de positions politiques, éthiques et sociales parfois radicales (pas la peine de revenir sur ses déboires avec la Justice), moins pour le second qui, certes ne mâche pas ses mots, mais en restant dans le cadre de sa fonction, la critique de l’œuvre de l’invité qu’il a en face.

Depuis 2006 (2007 pour Naulleau qui a remplacé Michel Polac), ils allument hebdomadairement les personnalités qui s’assoient sur le fauteuil qui leur fait face. La critique est nécessaire et bien trop rare en télévision mais, pour Zemmour et Naulleau, elle est devenue une fin en soi, n’ayant d’autre but que de provoquer l’invité, le pousser parfois dans ses retranchements et donner naissance à des situations tendues au service de l’audience de l’émission.

La critique pour la critique. A partir de ce constat, quoi de plus normal de la part d’artistes et de personnalités diverses que de refuser une invitation ? La qualité du casting s’en trouve donc affectée. Sans parler de peur, ces gens-là n’ont pas envie de venir pour risquer de se faire démonter alors qu’ils ont tant d’autres plateaux pour faire leur promo dans une ambiance moins hostile.

D’autant que, lorsqu’un clash tant attendu a finalement lieu, l’argumentation est invariable et tourne en rond. D’un côté : « Quelle dommage que vous n’acceptiez pas la critique ! ». De l’autre : « Si seulement vous aviez lu mon livre/ vu mon film/ écouté mon album… ».

Du côté de la production, on doit commencer à sévèrement se pencher sur les audiences du talk-show : jusque là incontestable leader, ONPC est dorénavant menacé par TF1 et sa série « New York section criminelle ».

A ce rythme, l’émission s’essoufflera inévitablement. Il restera alors deux options à Laurent Ruquier et sa productrice Catherine Barma : repenser la place de la critique et remplacer Naulleau et Zemmour ; ou bien finalement se coucher et passer à autre chose.
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[Edit] Certains commentaires sont tout à fait juste : j’aurais dû préciser le fait que la campagne des cantonales empêchait L. Ruquier de recevoir des invités politiques (cette sous-médiatisation le ferait presque oublier). Toutefois, cela ne change rien à mon propos. Le dernier invité politique avant la campagne était José Bové (5 février, plus vraiment une figure de premier plan). Avant cela, il y avait eu Hervé Morin (dont l’actualité était d’avoir souhaité ses vœux depuis sa cuisine), Jean-Pierre Chevènement (qui fait partie de la fameuse catégorie « ah il existe encore ?! »)…

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15 réflexions au sujet de « On n’est pas couché, mais ça va pas tarder »

  1. Il est vrai que l’émission s’essoufle. On a l’impression que toutes les personnalités susceptibles de soulever un débat intéressant (et accessoirement se faire clasher par les Éric) sont déjà passées plusieurs fois sur le plateau. Maintenant on fait avec ce qui reste…

    L’absence de politique ce weekend s’explique par contre par les élections cantonales.

  2. Oui, elles sont passées et pour beaucoup ne passeront certainement plus…

    Exact, les cantonales sont tellement peu évoquées que j’en ai oublié de faire cette précision. Merci à toi. Ceci dit, la production n’avait pas cette excuse pour les semaines précédentes.

  3. L’analyse est pas mauvaise mais elle se base sur une erreur : s’il n’y a pas d’invités politiques ces derniers temps, c’est à cause de la campagne des cantonales. Ruquier l’avait annoncé.

    • Vrai pierre, mais les invités politiques dits de « premier plan » étaient déjà moins présents avant le début de la campagne (cf José Bové par exemple).

  4. Il y a les cantonales qui expliquent l’absence des politiques( réglementation stricte). il y a aussi ruquier dont le numéro de stand up sur l ‘information s’essoufle… Et enfin, le cas Zemmour, certaines personnalités du show bizz français ne veulent plus croiser ce sinistre personnage.

    • Oui, pour le 1er point, cf la mise à jour en bas de mon billet.
      Et tout à fait d’accord sur les 2 points suivants : cela pèse aussi dans la balance.

  5. Je reste persuadé que faire la critique d’une oeuvre face à son créateur est un procédé relativement nauséabond.
    La critique doit s’adresser à l’acheteur potentiel, pas à l’auteur, qui est libre de ne pas l’écouter. Or là, il n’est pas libre puisque contraint par l’acceptation de l’invitation a être là et écouter.

    Anyway, c’est un peu hors sujet mais je rumine cette idée depuis un moment.

    • Ah mais j’aime quand tu rumines ! C’est loin d’être hors-sujet en tout cas, et la réflexion est très intéressante. On voit facilement l’argument opposable (critiquer dans le dos = trop facile, etc.).
      Mais c’est à creuser.

  6. Pour moi la critique publique n’à pour unique fonction que de conseiller la consommation (gratuite ou non) d’une oeuvre. Le critique jouit d’un avis éclairé et le partage. L’auditeur du message en tient compte ou pas dans son processus de sélection.
    Parce que ce message ne lui est pas destiné, l’auteur peut choisir de l’entendre ou pas. Il peut décider de ne pas ouvrir le journal, de ne pas lire le blog etc…

    Un auteur est pour moi le seul maître à bord concernant son exposition à la critique. Il peut tout aussi bien être en demande que dans le rejet. Parce qu’un auteur n’a aucune obligation d’amélioration. Même si son travail est médiocre, lui et lui seul peut décider que ce n’est « pas suffisant ». Tout comme il peut décider que « ça lui va ». Que ce qu’il fait le satisfait, satisfait un certain lectorat et basta.

    Que quelqu’un vienne le forcer à écouter son avis, ses critiques et lui dire « tu n’es pas assez bon », « tu devrais faire mieux ». Ca c’est puant. C’est comme allez chez quelqu’un et lui dire à quel point l’agencement des meubles est à chier. Impoli.

    Alors que tu peux demander à quelqu’un, parce que son avis t’intéresse, ce qu’il pense de la disposition des meubles de son salon.

    Et si la personne va dire à quelqu’un d’autre, ailleurs, que ton salon est vraiment mal branlé. Qu’est-ce tu en as à faire. Tu es peinard chez toi, les pieds sur la table. Une table qui, décidément, est très bien là où est elle est.

    • Je plussoie l’idée que tu fasses une note de cette réflexion. Ca m’intéresse beaucoup, d’autant que c’est une idée qu’on n’entend pas lorsque les clashs ont lieu dans ONPC par exemple.
      Forcément, les critiqués savent qu’ils auraient pu refuser l’invitation. Mais une telle exposition et la promo (même négative) est bonne à prendre. Mais une seule fois, pas deux.

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