La campagne 2012 se jouera-t-elle sur le web ?

J’ai choisi comme titre une question que je suis pourtant – déjà – fatigué d’entendre. Mais visiblement, il faudra bien que je m’y habitue.

Entendons-nous bien, il est logique de s’intéresser au rôle que joue et jouera le média Internet dans la campagne présidentielle qui se met en place, comme il est normal de s’intéresser à l’influence de chacun des autres canaux de diffusion de l’information.
Après tout, ce ne sera pas la première campagne web, 2007 est passé par là et beaucoup d’argent, d’efforts et de batailles s’y sont concentrés.
Et puis, il y a eu Barack Obama et le gigantesque réseau que ses équipes ont su organiser sur la toile. Une performance qui a certainement beaucoup fait pour la victoire du démocrate.

Là où je prends mes distances, c’est dans la formulation de la question.

« Se jouer sur le web »… Comme si, plus que tout autre, ce média déciderait de la victoire d’un candidat plutôt que d’un autre. Comme si ce qui se passait ailleurs n’avait pas grande importance puisque le dernier mot viendrait d’Internet.

Pour le moment, cette question je ne la lis précisément que sur internet, au détour d’un billet posté sur un blog ou d’une brève conversation tenue sur Twitter. Preuve qu’elle relève de l’égocentrisme ou plutôt du web-centrisme d’un réseau qui se regarde dans le miroir et s’interroge chaque jour un peu plus sur la taille de ses muscles et l’étendue de son pouvoir.

Oui, internet est un formidable outil politique. Oui, il peut assurer une résonance d’envergure à une campagne électorale. Oui, le web communautaire offre de nouveaux horizons de militantisme et de participation citoyenne.

Mais gardons deux idées à l’esprit.

D’abord, le web n’est pas LE média de masse. Si c’était le cas, Ségolène Royal aurait peut-être été élue en 2007…
Peut-être le deviendra-t-il, mais pour le moment c’est la télévision qui garde la primeur de ce statut. Ce n’est pas en étant le champion d’un média que l’on gagne mais en imposant l’évidence de sa candidature sur l’ensemble des médias.

Ensuite, le web est un outil et j’ai la naïveté de croire que les électeurs ne votent pas pour un outil mais bien pour un candidat, sa personne et les idées qu’il représente… Allez savoir !

Nicolas Sarkozy invite cette semaine quelques blogueurs à déjeuner et cela fait grand bruit sur la toile. Pourquoi ? Parce que la démarche est rare.
Dans le même temps, n’oublions pas que l’entretien des relations avec les autres médias (journalistes, cadres, patrons…) est une préoccupation quotidienne.

S’imposer sur le web et gagner la confiance d’une majorité de ses acteurs est incontestablement devenu un objectif important pour tout candidat à une élection.
Mais cette gestion reste encore événementielle car internet ne fait pas l’opinion, mais une opinion.

N’abusons donc pas des bonnes choses : la campagne 2012 ne se jouera pas sur le web, mais avec le web.

9 réflexions au sujet de « La campagne 2012 se jouera-t-elle sur le web ? »

  1. A ce sujet, je lis justement « The Audacity to Win », ou la campagne « Obama for America » racontée de l’intérieur par son directeur, et il accorde justement une grande place à l’importance du web dans la victoire.

    Et le verdict est clair : la campagne s’est d’abord gagnée sur le terrain, avec une véritable armée de volontaires, le réseau My.BarackObama.com permettant de faciliter l’organisation de ces volontaires, souvent de leur propre initiative. Les campagnes (surtout les Françaises) étant bien peu souvent affaire de volontaires, reste à voir si un tel réseau à grande échelle aurait un intérêt ; on peut espérer une campagne partant de la base, mais pour l’instant rien ne semble indiquer qu’on se dirige vers cela à gauche ou au centre (aucun espoir à droite de toute façon).

    Reste l’importance du web pour contourner le message des médias, qu’il s’agisse de présenter son désaccord avec les analystes politiques, d’exposer des détails très précis d’un plan intéressant les électeurs mais pas forcément les médias et surtout de rester en contact direct avec ses supporters. L’équipe d’Obama l’a par exemple utilisé pour exposer les raisons de chacune de leur victoire ou défaite lors des primaires et pour expliquer sa stratégie à ses donateurs et supporters, permettant ainsi de les remercier, de les rassurer mais surtout de les impliquer.

    Mais si la campagne d’Obama (ou celle du « NON » à la Constitution européenne) a été si exemplaire sur le web, c’est qu’elle a toujours été prévue pour être portée par la base et non par le top ; et dans ce cas, le web est effectivement un élément prédominant pour l’information et la mobilisation.

    Avec le web donc bien-sûr, mais en effet qui croit encore de nos jours que le web est plus qu’un outil ? (ah ? encore trop ?)

    • Si le web est un outil, la télé et autres médias le sont aussi. Les gens votent pour un outils, oui, c’est certain, c’est ce qu’on appelle une campagne éléctorale.
      La principale différence réside dans le temps de parole réglementé à la télé ( la bise au stagiaire du CSA, et comme on parle de Barthès, un bon rétablissement à Bayrou hein )

    • Merci François pour le partage de tes lectures, réflexion en effet intéressante sur le « qui » à la manoeuvre des campagnes web : la base des volontaires ou les élites ?

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