A la recherche de la contestation sociale moderne

375.000 et 1.2 million. Ce sont les deux chiffres de ce samedi, celui de la police et celui de la CGT. Lequel est le plus proche de la réalité, on s’en fiche. Tous les deux ont largement diminué et c’est ce qu’on retiendra, ça et l’ambiance de fin de combat où ceux qui tiennent encore debout cherchent à la fois des explications à leur état groggy et se posent des questions quant à la suite de leur lutte.

Ce 6 novembre, les cortèges faisaient grise mine et pas seulement à cause de la pluie. L’unité syndicale, si elle a jamais existé, en a pris un coup et les Jean-Claude Mailly, Bernard Thibault ou autre François Chérèque se sont pour la première fois renvoyés la balle pour trouver un responsable à cette retombée de la pression populaire.

Pourtant, les conditions de cet essoufflement étaient là dès le départ.

D’abord, Nicolas Sarkozy, dans sa position de président-réformateur-tout-puissant (gardons à l’esprit que c’est là-dessus qu’il a été élu), ne pouvait rien lâcher. A part quelques ajustements à la marge, il ne pouvait pas aller en arrière ni changer le coeur de la réforme des retraites. C’eut été compromettre gravement la dernière partie de son mandat et beaucoup perdre en crédibilité à l’approche des échéances que l’on sait.

C’est un premier aspect. Le second réside dans le mode même de la mobilisation : la grève et la manifestation.
Les syndicats savent trop bien les sentiments passionnels qui peuvent opposer les Français lorsqu’on en appelle à ces types de protestation : le combat des uns, l’incompréhension des autres.
[Précisons qu’entre les deux, il existe de multiples attitudes mais pas pour la plupart des médias, et comme ce sont eux qui nous présentent les événements…]
Au début de la mobilisation donc, moults sondages nous indiquaient que la mobilisation des syndicats recevait un large soutien de la part des Français. Ca vaut de l’or quand on livre une telle bataille. Mais pour préserver cet appui, encore faut-il ne pas se les mettre à dos ces compatriotes. A partir de là, l’organisation de la contestation devient un subtil jeu d’équilibriste : manifester régulièrement mais appeler à la grève avec parcimonie pour ne pas diviser le pays.
Ca y est, la mobilisation souffre de deux maux : les organisations syndicales font semblant de s’entendre (certaines désirant aller plus loin et user plus durement du droit de grève) et l’action contestataire s’auto-censure en se privant de toute radicalisation du mouvement.

Nous en arrivons alors à la situation d’aujourd’hui où les syndicats se questionnent sur leurs propres méthodes de mobilisation. « A tout moment la rue peut aussi dire non« , chante le groupe Eiffel. Elle le peut, elle le doit parfois. Mais rien n’assure qu’elle sera écoutée pour autant et il arrive désormais qu’elle parle dans le vide.

L’action syndicale serait-elle arrivée au bout de ce qu’elle peut faire ? Ses formes de mobilisation sont-elles caduques ? C’est cette réflexion que l’on entrevoit derrière les questions que se sont posées aujourd’hui les leaders politiques et syndicaux :

– La mobilisation doit « passer à d’autres formes de démarches« , car « la manif peut tuer la manif« ,  Jacques Voisin, président de la CFTC ;
– « On est maintenant dans une phase où la contestation sociale va s’installer dans la durée. Elle prend inévitablement des formes nouvelles« , Pierre Laurent, secrétaire national du PCF ;
– « Il faut voir comment les organisations syndicales, dans la plus grande unité possible, peuvent continuer à contester la réforme sous d’autres formes d’actions« , Alain Olive, secrétaire général de l’Unsa…

Une nouvelle journée d’action est prévue entre le 22 et le 26 novembre, trop proche pour revêtir une forme vraiment nouvelle, même si c’est le voeu fait ce samedi. Car c’est d’un renouvellement des formes de l’action syndicale dont il est question avec cette lutte contre la réforme des retraites de l’automne 2010, et ce renouvellement prendra du temps. Tout l’enjeu sera alors de se moderniser, unique condition pour que la contestation sociale abandonne ses effets contre-productifs et redevienne efficace.

Crédits photo : REUTERS/ Charles Platiau

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