Je ne suis pas un héros

La question, je l’ai lue ici il y a 10 jours : qu’est-ce que c’est, être héroïque aujourd’hui ?

Je n’ai pas lu les réponses. J’ai rapidement fait défiler les miennes dans ma tête sans les approfondir davantage. Et j’ai laissé passé les journées en me promettant d’y revenir.

Je me souviens de ce à quoi j’ai pensé en lisant la question. D’abord au rugby, ensuite à Obama. Tous deux étant reliés à une actualité immédiate et pouvant m’apporter des éléments de réponse.

Le samedi 20 mars était le jour du « crunch », match de rugby opposant la France à l’Angleterre et par la même occasion dernier round du tournoi des VI Nations qui, si elle l’emportait, permettait à la France de réaliser le Grand Chelem grâce à un sans faute face à chacun de ses adversaires dans la compétition. Ce qui fut fait.

Question : l’exploit sportif est-il un acte héroïque ?

Des athlètes qui se surpassent pour décrocher un titre, déjouer des pronostics ou établir un nouveau record, cela suscite l’admiration. Faire naître la joie de supporters, déclencher un élan populaire et la frénésie des médias sont des composantes inséparables de l’acte héroïque. Mais les sportifs s’entrainent pour devenir des héros. Ils ne sont pas héroïques, ils visent l’héroïsme.

Le même week-end, Barack Obama faisait beaucoup parler de lui. Il était sur le point de réunir suffisamment de voix à la Chambre des représentants pour faire adopter sa réforme de la santé, l’un des chantiers les plus importants de sa mandature. Attitude courageuse et combattante que de faire passer cette réforme impopulaire contre vents et marées et en allant chercher un à un ses soutiens quand sa cause semblait au plus mal.

Posture héroïque de président qui avait été élu avec une aura quasi-messianique ? Non, en réalité il fait simplement son job en tenant les promesses qui l’ont mené au pouvoir. Il est vrai que tenir ses promesses, en particulier quand on a perdu le soutien populaire, est devenu chose bien rare pour un homme politique. Au point de confondre responsabilité et héroïsme.

Et puis, le même jour, je suis tombé sur cette histoire.

Une assistante sociale, qui brave un incendie dans la maison où elle était en rendez-vous pour sauver la vie de deux enfants. Quelques brûlures au deuxième degré pour la plus petite (11 mois), son frère de 3 ans choqué, et Valérie, l’assistante, qui ne recouvrira peut-être pas toute sa capacité pulmonaire. Tous trois sains et saufs.

Un exemple parmi d’autres certainement. Un acte dépourvu de tout objectif réfléchi, de toute considération monétaire et de tout sentiment d’obligation. Un héros est inattendu. Cette anonyme-là à un prénom, Valérie, et un nom qui n’a pas d’importance.

Non mais la rubrique du médiateur de TF1 est énorme: c’est le modo qui répond aux trolls http://bit.ly/a5zaOt

6 réflexions au sujet de « Je ne suis pas un héros »

  1. Merci d’avoir répondu à la question. Ta réflexion est intéressante. La question de l’héroïsme me parait importante car, comme tu le montres avec les deux premiers exemples, tout semble réuni, dans notre société, pour empêcher l’héroïsme. Le sport: c’est le lieu de l’exploit, du dépassement, mais pas de l’héroïsme. C’est de l’amusement avant tout. La politique: c’est un domaine technique et c’est souvent une discipline où on ne tient pas ses engagements. Enfin, pour les êtres ordinaires que nous sommes, la vie, c’est le quotidien: des actions répétitives, banales, des rencontres souvent ternes, professionnelles, rien d’héroïque en apparence. En apparence, puisque l’héroïsme peut surgir; dans l’exemple que tu donnes, c’est exceptionnel. Mais il y a aussi plein de petits actes d’héroïsme, qui appartiennent à chacun; et c’est à nous de les découvrir.

  2. Oui, tu résumes très bien ce que j’en pense. Il est vrai que mon exemple relève de l’exceptionnel mais je suis d’accord : l’héroïsme s’exprime dans le quotidien, à l’échelle de chacun, et l’aspect spectaculaire en est absent la plupart du temps.
    Alors je ne sais pas si tout est réuni pour empêcher l’héroïsme dans notre société, mais tout est là pour que l’on soit amené à croire qu’il n’est réservé qu’à quelques uns.

  3. Est-ce que tout est réuni pour empêcher l’héroïsme dans notre société?

    C’est vrai, mon affirmation ne repose pas sur grand chose. Quoique: hédonisme ambiant, culture du confort, refus de l’effort… Disons qu’une certaine culture refuse l’effort et donc l’héroïsme. Mais la réalité c’est que quand on refuse quelque chose, on le reçoit en pleine figure. Chacun doit assumer une part d’héroïsme. Ne serait-ce que regarder la réalité en face.

  4. Oui je vois mieux ce que tu voulais dire, et entre refus de l’effort et supposée caste de héros, il devient difficile pour tout un chacun de pouvoir envisager et d’assumer le moment venu sa qualité héroïque…

  5. Ping : Tweets that mention Je ne suis pas un héros « Les Tentatives -- Topsy.com

  6. Pour moi il ya deux types de héros : ceux qui savent faire les mojitos et qui m’en offrent… o//
    Quoi ? Je suis hors sujet ? Ok ok.
    Pour moi l’héroïsme se conjugue au quotidien, et pas que sur le coup d’éclat. Alors je suis de facto hors sujet puisque l’héroïsme coup d’éclat est tout à la fois plus « sémantiquement » correct et plus médiatique aussi.
    Je te laisse là-dessus, je vais gouter.
    #jeanmichelpasdechute

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