Le conte de Sfar plus que la vie de Gainsbourg

Comme beaucoup, je l’attendais ce biopic sur Serge Gainsbourg. J’avais toutefois essayé de me protéger du battage médiatique qui a précédé sa sortie, histoire de ne pas faire une overdose avant même d’avoir vu le film et de m’installer dans la salle de cinéma avec le moins d’apriori possibles.

Même si l’affiche annonçait un conte et le réalisateur parle de « son » Gainsbourg, je ne m’attendais pas à une interprétation de la vie de l’artiste aussi personnelle de la part de Joan Sfar. Mais pourquoi pas, tant qu’elle ne trahit pas (trop) ce qu’a été la réalité de Lucien Ginsburg.

Le début du film, qui nous montre Gainsbourg enfant, est ainsi très réussi. Peut-être était-ce aussi la partie la moins dangereuse pour le réalisateur puisqu’elle concerne une période forcément moins connue de la vie de Gainsbourg. Quoiqu’il en soit, Joan Sfar parvient parfaitement – avec l’aide du formidable Kacey Mottet Klein qui joue l’artiste jeune – à installer le monde de Lucien dans la France occupée : débuts au piano auquel il semble préférer le dessin, relation avec ses parents, identité juive, goût pour les histoires… toutes ses composantes qui construisent un artiste en puissance sont magnifiquement entremêlées et baignées dans la dimension du conte fantastique à la Tim Burton. Un très joli moment, comme un tremplin prometteur pour la suite où Serge remplacera Lucien.

Mais c’est justement cette impression qui est trompeuse. Non que le reste du film soit raté, loin de là, mais se suivent des scènes à la force bien inégale. Certains passages sont un peu longs, notamment celui où apparaissent les personnages de Boris Vian (dont le rôle a pourtant été si important dans la vie de Gainsbourg) et des Frères Jacques dont la présence constitue une étape burlesque un peu lourde. D’autres moments sont beaucoup plus éclatants comme par exemple toutes les scènes narrant la relation entre Gainsbourg et Bardot (formidable Laetitia Casta à qui Joan Sfar réserve d’ailleurs une entrée en scène jouissive) ou encore le concert de la Marseillaise à Strasbourg qui fait naître une intensité que l’on aurait aimé ressentir plus souvent.

Si ce déséquilibre existe, c’est parce que Joan Sfar a décidé de construire son film autour d’un axe principal : Serge Gainsbourg et les femmes. Aspect central de la vie de l’artiste séducteur mais qui ici prend la forme d’une succession de chroniques mises bout à bout. Dommage. Heureusement, la distribution est impeccable, à commencer par Eric Elmosnino qui à plusieurs reprises est proche de nous tromper. Quant aux femmes qui l’entourent, toutes tiennent très bien leur rôle, y compris la disparue Lucy Gordon dont la proximité physique avec Jane Birkin est cependant la moins évidente.

Joan Sfar aura tenté un difficile exercice d’équilibriste entre la biographie et la réappropriation d »un personnage par le conte. Et le symbole le plus symptomatique de cette tentative, c’est la créature qui accompagne Gainsbourg, sorte d’incarnation de la conscience du poète maudit : trouvaille surprenante et intelligente (quoique jouant peut-être un peu trop la carte de la schizophrénie ?) qui finit par s’user et ennuyer en progressant dans l’histoire.

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