Sous les gravats, l’espoir.

Elle n’avait plus aucune idée de rien. Ni du temps qui passait, ni de l’endroit où elle se trouvait, ni quelle suite d’événements l’avaient précipitée dans la situation qui était à présent la sienne.

Seulement quelques souvenirs, comme une succession d’images brutalement arrêtée, retentissaient au loin. Sa maison, son petit frère dessinant à côté d’elle, la poupée qu’elle tenait en quasi permanence entre ses mains depuis ses 8 ans… Et soudain, ses quelques jouets qui se mettent à bouger tout seuls sur le sol, les murs qui commencent à s’agiter autour d’elle, son père qui apparaît à la porte de la chambre comme victime lui aussi de violentes secousses… Puis, plus rien. Le film s’est arrêté, l’écran est noir. La pellicule a fini de trembler en quittant définitivement la bobine.

Quand tout cela a-t-il eu lieu ? Elle ne saurait pas le dire. Cela pouvait être hier ou bien il y a plusieurs jours, peut-être une éternité, qui sait ? Elle avait à peine la force d’y penser, ni à quoi que ce soit d’autre d’ailleurs car elle ne s’était jamais sentie aussi faible que maintenant. Elle restait étendue dans le peu d’espace qu’elle avait, ses forces s’évaporant doucement. Son dernier réflexe avait été de s’allonger de telle sorte que les quelques gouttes d’eau qui tombaient là finissent leur course sur ses lèvres.

Le toucher de ces quelques gouttes sur son visage était la seule sensation qui restait en éveil. L’obscurité lui avait d’abord interdit la vue. C’est ce qui l’avait le plus effrayée au départ mais le temps était venu à bout de sa peur et de ses larmes. L’air qu’elle respirait, d’où qu’il puisse venir, n’avait plus d’odeur et s’était fait plus étouffant. Quant à son insupportable faim, elle s’était finalement dissipée dans un engourdissement général, comme le reste.

La conscience de la réalité s’était effacée devant un mélange de souvenirs et de rêves dans lesquels elle perçut des aboiements de chiens. Ils se firent rapidement plus distincts dans le brouillard de ses pensées, à tel point qu’elle comprit que pour la première fois depuis longtemps, elle n’imaginait pas, elle entendait. Un bruit avait remplacé le bourdonnement sourd du silence, et d’autres le suivirent bien vite. Des hommes criaient et leurs voix se faisaient plus nombreuses et plus proches. On marchait au-dessus d’elle. On remuait la terre et les pierres qui constituaient le toit de sa prison. Toute cette activité soudaine lui parut une seconde éternité. Cette fois, elle n’en pouvait plus. Elle savait qu’elle avait atteint ses limites, qu’à force de s’accrocher elle allait finir par lâcher prise. Papa, maman… Il fallait qu’on vienne la chercher vite.

Une sensation d’air frais la fit tressaillir avant qu’un rayon de soleil ne l’aveugle. De cette puissante source de lumière jaillit une main qui s’empara de ses petits doigts fatigués. Elle la serra de toutes ses forces.

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