Médias, vous me fatiguez.

J’avais envie de vous le dire depuis quelques temps – et libre à vous d’entendre cette lassitude que je ne suis pas le seul à exprimer : médias, vous me fatiguez. Voilà, ça soulage.

Pardonnez ce "médias" très généraliste, je ne mets pourtant pas tous les médias dans le même sac, mais les intéressés se reconnaîtront et s’il faut vous aider alors allons-y…

Sondage ignoble sur le site internet d’un (grand ?) titre hebdomadaire, logo spécial et monopolisation des antennes autour du bébé royal, la une d’un autre hebdo à grands renforts d’Hitler… Trois exemples, tirés de votre traitement de l’information sur ces trois derniers jours seulement,
Imaginez l’état de la liste si l’on remontait les semaines ? Imaginez l’accumulation si l’on remontait les mois.

Médias, vous donnez l’impression de n’avoir rien compris. Vous n’existez plus que par l’excitation de la passion et de la pulsion. C’est dangereux, c’est éphémère.
C’est dangereux car vous n’offrez plus l’information et son analyse. Vous offrez son emballage à coups de unes qui vont susciter la polémique et d’éditions spéciales visant à créer le spectacle à partir de tout et de rien.
Si le comportement des hommes et femmes politiques est indéniablement responsable des tensions de notre société, vous participez à cette dérive en misant sur l’excitation des foules. Vous pensez vraiment que votre salut viendra de ce jeu-là ?
Vous faites bien un bon coup de temps en temps mais vous jouez le court terme en stressant là où vous devriez apaiser, en "événementialisant" [en écrivant ce mot, mon correcteur m'a proposé "événementiel usant"] là où vous devriez mettre de la distance. Vous vous enfoncez là-dedans au même rythme où s’enfoncent les ventes de vos journaux. Il y a quelque chose ici d’à la fois masochiste et pathétique. C’est vrai pour une certaine presse papier concurrencée par une presse numérique au journalisme renouvelé, ce sera vrai pour les chaînes infos le jour (proche) où le web diffusera le direct aussi bien que la télévision.

Il existe heureusement de nombreux et magnifiques contre-exemples. Ce sont ceux-là qui me font espérer, ce sont ceux-là qui devraient vous inspirer.
Votre monde en révolution a de quoi faire perdre beaucoup de repères mais vous avez désormais assez de recul pour choisir votre direction. L’accélération des technologies de l’information a pu faire croire au mirage du "moi, le premier, partout, en criant plus fort que les autres" mais on sait désormais que cette attitude est difficilement compatible avec la sérénité que suppose le métier d’informer.

Sachez que lorque vous laisserez vos journalistes reprendre le pouvoir sur vos calculs et stratégies court-termistes, nous serons nombreux à vous suivre.

En attendant, nous serons tout autant à fermer les yeux et boucher nos oreilles pour subir moins rudement les coups que vous portez à notre intelligence.